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jeudi, 10 mars 2011

La mode de l'euphémisme

Du grec euphemismos, eu (bien) et phêmê (parole), un euphémisme est une figure de rhétorique qui consiste à atténuer une expression trop directe ou une idée désagréable.

Ainsi de quelqu'un de mort, on dira qu'il a disparu. Moins précis certes, mais moins douloureux aussi… question de bienséance. Contrairement au dicton populaire, on ne peut donc pas toujours "appeler un chat un chat"
.


Dans nos sociétés technocratiques, adeptes du jargon médiatico-administratif, et ces dernières années du "politiquement correct", la figure de l'euphémisme prospère généreusement au fil des déclarations gouvernementales et des communiqués institutionnels.
On se souviendra du symptomatique et progressiste technicien de surface remplaçant le trivial balayeur.
Ainsi vaut-il mieux être demandeur d'emploi plutôt que chômeur, appartenir au troisième âge plutôt qu'être vieux et être malentendant plutôt que sourd.
Sur la base de cette logique, Coluche proposait que les imbéciles puissent être traités, avec affabilité, de malcomprenants !
Depuis peu d'ailleurs, les demandeurs d'emploi sont devenus des "ressources humaines disponibles" dixit J.L. Borloo.


Quelques euphémismes poussent le vice jusqu'à devenir des sigles anodins :
Faire une IVG (Interruption Volontaire de Grossesse est bien moins choquant que de procéder à un «brutal» avortement.
Être SDF (Sans Domicile Fixe), banalise une cruelle réalité, celle d'être contraint de vivre dans la rue.
L'euphémisme est réquisitionné d'office par l'armée (la Grande Muette) et apprécié en temps de guerre pour ses vertus anesthésiantes.
Les récents affrontements au Moyen-Orient nous ont apporté les «frappes chirurgicales» pour bombardements plus ou moins ciblés, les «dégâts collatéraux» pour morts de civils innocents, les «balles perdues» pour erreur de tir et les «tirs amis» pour grosses boulettes !

L'utilisation abusive d'euphémismes permet de ne pas contrarier les «bien-pensants» et d'éviter vagues et remous.
Les situations anormales, choquantes ou plus simplement inquiétantes peuvent être ainsi plus facilement admises par la société.
Rappelons que depuis l'Antiquité, les figures de style ne sont pas innocentes mais au service de la rhétorique (art de persuader). Il convient de rester vigilant et de chercher à comprendre la manipulation : à qui profite le nouvel euphémisme ?

Conclusion dans la bonne humeur.
Le monde de l'éducation est lui aussi consommateur d'euphémismes, en particulier dans les appréciations portées sur les bulletins par les enseignants soucieux de ménager élèves et parents. Le site planete-enseignant.com propose quelques formules atténuées. Morceaux choisis :

Un cancre : Un élève en difficulté.

Il dort en classe : Il connaît un léger décalage horaire et son horloge biologique semble réglée sur l'heure estivale de l'hémisphère sud.

Il est nul : Les objectifs pédagogiques sont inadaptés à ses potentialités, mais sa marge de progression n'en demeure pas moins substantielle.

Il est bête : Ses connexions cervicales ne sont pas encore toutes assurées, mais le processus de réflexion devrait connaître un déblocage imminent.

Il ne sait rien : L'imprégnation cognitive résiduelle n'est pas encore quantifiable, mais on constate des progrès méthodologiques dans l'ouverture du cartable.

Il fait des bêtises : Son manque de maturité implique des comportements déviants peu propices à maintenir son attention et son sérieux.


Sources
http://www.planete-enseignant.com/humour/blagues/consult-blague.asp


Jean-Pierre Dubois

 

Publié dans Linguistique et Rédaction | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : écriture, humour, euphémisme |  Facebook | | | | Pin it! | | Dubois Jean-Pierre |

Commentaires

De notre éducation, nous avons expurgé la rhétorique sous prétexte (peut-être) que ce vieil héritage du trivium portait sur l'art de la manipulation... Résultat, les écoliers n'apprennent plus à manipuler (c'est l'apanage d'une minorité...) mais n'ont pas non plus les clefs qui leur permettraient de démonter des discours manipulateurs et plus encore, de préciser et défendre leurs idées.

Pis encore, dès que l'on cherche à défendre une idée sur le terrain des arguments, on devient forcément agressif au regard des bien-pensants, voire pire (point Godwin à l'horizon).

Est-ce que le but n'est pas, au final, d'anesthésier toute capacité à réfléchir ?

Écrit par : Milathea | samedi, 19 décembre 2009

Les commentaires sont fermés.