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mardi, 21 mars 2006
La troublante poésie de Bomarzo

«Vous qui allez par le monde désireux de voir hautes et stupéfiantes merveilles venez ici où sont faces horribles éléphants lions ours orques et dragons».
La série de photos consacrée au jardin de Bomarzo,
de Dominique Zoladz, témoigne d'une double rencontre.
La première, formelle et magique, entre l’Antiquité étrusque
et la Renaissance, à travers ces divinités, chimères et dragons, sculptés au XVIe siècle. La seconde, esthétique, par le choc émotionnel émanant d’un lieu magique sur la sensibilité
et l'imagination d'un artiste plasticien.
Car le parcours statuaire du bosco sacro, orchestré
par le seigneur Orsini, est un stupéfiant lexique mythologique
et symbolique. Une merveille, dans le sens premier du mot :
une miribilia, une chose étonnante et admirable, parfaitement captée dans cette série d'images.
La démarche artistique de Dominique Zoladz
est particulièrement sensible, révélatrice de sens.
En vérité, le créateur ne cherche pas à nous re-présenter
la réalité, la perception naturelle du lieu et des objets, «l’impression», mais plutôt le phénomène mental secondaire,
son «souvenir».
Ainsi, nous errons dans le labyrinthe des réminiscences
de l’artiste. En nous, d’obscures forces agissent et stimulent
nos émotions. Au fil de nos visions, notre esprit effectue
un travail secret et suggestif. Avec une économie de moyens maîtrisée, Dominique Zoladz illustre à la lettre les propos de Kandinsky : «En général, la couleur est un moyen d’influencer l’âme de manière directe.»

Les conventions, notre culture, nous ont conditionné
à regarder l'objet photographique comme
une représentation de la réalité : image réelle, évidente, univoque, fait irrécusable.
Or, face à ces «pictographies», nous sommes mystifiés !
Notre œil est trompé. «Combien d’hommes profondément distraits pénétrèrent dans des trompe-l’œil et ne sont pas revenus.» (Jean Cocteau)
En choisissant une technique de colorisation éminemment subjective, le créateur a opté pour une idéalisation,
une théâtralité. Il joue de l’équivoque du noir et blanc de la photo et des encres colorées pour créer chez l’observateur
une sensation curieuse, un hiatus de la perception,
des aller-retours “réalité-illusion”, débouchant sur un phénomène de “relief” et de “profondeur”.
À l’objectivité de l’appareil photo, le plasticien a juxtaposé
par la colorisation son affectivité et son doute.
Nous sommes, me semble-t-il, en présence d’une approche esthétique baroque, hautement ambiguë, du latin ambigere,
“être en discussion avec soi-même”.
Voir la galerie
http://zoladz.hautetfort.com/archive/2009/04/08/bomarzo-i...

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