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mardi, 23 juin 2009

Morin : Introduction à la pensée complexe

Introduction à la pensée complexe

Le concept de complexité est issu des travaux de Wiener et Ashby sur la cybernétique, en 1947.
Celle-ci se proposait de faire collaborer des biologistes, des électroniciens, des psychologues et des physiciens pour étudier les systèmes complexes, leur dynamique et les phénomènes d’auto-organisation auxquels ils donnent lieu.
C’est donc avec les fondateurs de la cybernétique, que la complexité est entrée véritablement en scène dans la science.

Notons que dans son principe, la cybernétique peut être appliquée à l’étude des phénomènes physiques, biologiques ou sociaux.

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Dans son livre paru en 2005, Introduction à la pensée complexe, Edgar Morin propose une nouvelle pensée, un nouveau paradigme, capable de relever les défis de la complexité aux niveaux de la physis, de la biologie et de l'anthropologie.

L'objectif d'Edgar Morin, sociologue, philosophe et épistémologue est de mieux cerner et comprendre nos personnes, notre humanité et notre monde.
Il le fait avec lucidité, énonçant que “Toute théorie, y compris scientifique, ne peut épuiser le réel, et enfermer son objet dans ses paradigmes.”
Voici quelques extraits de ce petit livre (158 pages) riche et dense pour les idées développées mais accessible par son écriture fluide et didactique.

 

Problématique

Nous demandons à la pensée qu'elle dissipe les brouillards et les obscurités, qu'elle mette de l'ordre et de la clarté dans le réel, qu'elle révèle les lois qui le gouvernent.
Le mot de complexité, lui, ne peut qu'exprimer notre embarras, notre confusion, notre incapacité à définir de façon simple, à nommer de façon claire, à ordonner nos idées.
Sa définition première ne peut fournir aucune élucidation : est complexe ce qui ne peut se résumer en un maître mot, ce qui ne peut se ramener à une loi ni se réduire à une idée simple.
La complexité est un mot problème et non un mot solution.

Qu'est-ce que la complexité ?

C’est avec Wiener, Ashby, les fondateurs de la cybernétique, que la complexité entre véritablement en scène dans la science. C'est avec von Neumann que, pour la première fois, le caractère fondamental du concept de complexité apparaît dans la liaison avec les phénomènes d'auto-organisation.

Qu'est-ce que la complexité ? À première vue, c'est un phénomène quantitatif, l'extrême quantité d'interactions et d'interférences entre un très grand nombre d'unités. En fait, tout système auto-organisateur (vivant), même le plus simple, combine un très grand nombre d'unités de l'ordre de milliards, soit de molécules dans une cellule, soit de cellules dans l'organisme (plus de 10 milliards de cellules pour le cerveau humain, plus de 30 milliards pour l'organisme).

Mais la complexité ne comprend pas seulement des quantités d'unités et interactions qui défient nos possibilités de calcul ; elle comprend aussi des incertitudes, des indéterminations, des phénomènes aléatoires. La complexité dans un sens a toujours affaire avec le hasard.

Ainsi, la complexité coïncide avec une part d'incertitude, soit tenant aux limites de notre entendement, soit inscrite dans les phénomènes.
Mais la complexité ne se réduit pas à l'incertitude, c'est l'incertitude au sein de systèmes richement organisés. Elle concerne des systèmes semi-aléatoires dont l'ordre est inséparable des aléas qui les concernent.
La complexité est donc liée à un certain mélange d'ordre et de désordre, mélange intime, ...
(pages 48-49 - Chapitre : Le dessin et le dessein complexes)

Application sociale de la complexité

Le deuxième principe (qui peut nous aider à penser la complexité) est celui de récursion organisationnelle. (...)
Un processus  récursif est un processus où les produits et les effets sont en même temps causes et producteurs de ce qui les produit.
On retrouve l'exemple de l'individu, de l'espèce et de la reproduction. Nous, individus, nous sommes les produits d'un processus de reproduction qui est antérieur à nous. Mais une fois que nous sommes produits, nous devenons les producteurs du processus qui va continuer.

Cette idée est valable aussi sociologiquement.
La société est produite par les interactions entre individus, mais la société, une fois produite, rétroagit sur les individus et les produit.
S'il n'y avait pas la société et sa culture, un langage, un savoir acquis, nous ne serions pas des individus humains.
Autrement dit, les individus produisent la société qui produit les individus. Nous sommes à la fois produits et producteurs. L'idée récursive est donc  une idée en rupture avec l'idée linéaire de cause/effet, de produit/producteur, de structure/superstructure, puisque tout ce qui est produit revient sur ce qui le produit dans un cycle lui-même auto-constitutif, auto-organisateur et auto-producteur.
(pages 99-100 - Chapitre : Le paradigme de complexité)

Le paradoxe de l'autonomie

La notion d'autonomie humaine est complexe puisqu'elle dépend de conditions culturelles et sociales. Pour être nous-mêmes, il nous faut apprendre un langage, une culture, un savoir, et il faut que cette culture elle-même soit assez variée pour que nous puissions nous-même faire le choix dans le stock des idées existantes et réfléchir de façon autonome.
Donc cette autonomie se nourrit de dépendance ; nous dépendons d'une éducation, d'un langage, d'une culture, d'une société, nous dépendons bien entendu d'un cerveau, lui-même produit d'un programme génétique, et nous dépendons aussi de nos gènes.
(page 89 - Chapitre : Le paradigme de complexité)

 

En savoir plus

Article Wikipedia sur la pensée complexe

Article Wikipedia sur Edgar Morin

L'Association pour la Pensée Complexe