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mardi, 05 mars 2013

Zeugme ou zeugma

Zeugme ou zeugma

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SNCF


Le zeugma ou zeugme (joug, lien, en grec) est une figure de style.
Le procédé, appelé parfois attelage, consiste à rattacher grammaticalement deux ou plusieurs noms à un adjectif ou à un verbe qui ne se rapporte en fait qu'à l'un des noms.


L'effet est étrange, surprenant, parfois poétique : " L'air était plein d'encens et les prés de verdure " (Victor Hugo).
Lorsque deux membres d'une phrase sont parallèles, le zeugma permet de faire un raccourci en évitant de répéter un élément commun.
" L'un poussait des soupirs, l'autre des cris perçants ", ici, poussait est sous entendu.
" La gare était pleine de gens, la rue de voitures, la ville de rumeur ", dans cet exemple, le mot pleine n'est pas répété.

Le zeugma peut créer un effet particulièrement amusant et constituer une faute grave lorsque les deux mots liés syntaxiquement sont incompatibles.

Par exemple, lorsque l'un est abstrait et l'autre concret. 
Dans ce cas, on le nomme zeugme sémantique ou encore attelage : "Retenez cette date et une place dans le train".
Certains de nos grands auteurs s'y sont laissé prendre :
"Vêtu de probité candide et de lin blanc" (V. Hugo).
"L’âme sans épouvante, et les pieds sans souliers !" (V. Hugo).
"En achevant ces mots, Damoclès tira de sa poitrine un soupir et de sa redingote une enveloppe jaune et salie " (Gide).
"Je prends mon courage à deux mains et ma malle par l'anse" (Jules Vallès). 
"Napoléon prit du ventre et beaucoup de pays" (Jacques Prévert).

Certains zeugmes entraînent une anacoluthe, c'est-à-dire une franche rupture dans la construction de la phrase :
"A défaut de sonnette, ils tirent la langue" (Valéry).

Les irrésistibles effets comiques du zeugma ne manquent pas d'être exploités par les humoristes et amateurs de bons mots :
"L'inspecteur Poileau Luc s'enfonça dans le brouillard et un clou dans la fesse droite" (Pierre Dac).
"Il parlait en anglais et en gesticulant" (Frédéric Dard).
"Il baissa sa culotte et dans mon estime" (Maryz Courberand).
"Il remonta ma culotte et son réveille-matin" (M. Courberand).
"Il reprit sa respiration et du ris de veau" (San-Antonio).
Plus périlleux encore, Pierre Desproges, tente le double zeugma dans son " Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des biens nantis " : "Après avoir sauté sa belle-sœur et le repas du midi, le Petit Prince reprit enfin ses esprits et une banane".

Pour terminer cet article et en beauté, je vous en livre quelques-uns de mon cru.
"Il plongea dans ses pensées et sa main dans la poche, et en ressortit des souvenirs amers et un couteau suisse. Il entendait bien imposer son point de vue et le téléphone qui sonnait dans la pièce à côté, alors il tira une bouffée de sa cigarette et les conséquences qui s'imposaient".

Sources
Il baissa sa culotte et dans mon estime - Maryz Courberand - Mots et Cie
Pour tout l'or des mots - Claude Gagnière - Robert Laffont
Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des biens nantis - Pierre Desproges - Le Seuil

http://www.hku.hk/french/dcmScreen/lvdv/lvdv_tropes_g_z.h...
http://www.lettres.net/files/zeugma.html


Jean-Pierre Dubois

 

mercredi, 20 février 2013

Les termes performatifs

Les termes performatifs
Je vous autorise à partir. Je t'avertis. Je te promets.
Qu'ont en commun ces différentes expressions ?
Toutes trois sont des énoncés dits "performatifs" ou "actes de langage".
C'est-à-dire, que leur énoncé constitue simultanément l'acte auquel il se réfère.


Lorsque je dis : Je vous autorise à partir, je donne l'autorisation effective d'accomplir l'action de partir.
Je t'avertis, est une information mais peut également inquiéter voire effrayer celui à qui s'adressent ces paroles.
En disant : je te promets, je m'engage dès cet instant et pour l'avenir. Ainsi les "actes de langages" ne se contentent pas de dire une chose, ils font la chose et peuvent donc être considérés à juste titre comme des actes.

Les termes "performatifs" et "actes de langage" proviennent de l'anglais "performative" et "speech acts". Ils ont été créés par deux philosophes britanniques qui ont étudiés ces fonctions particulières du langage.
J.L. Austin (1911-1960) a publié en 1962 les résultats de ses travaux dans son ouvrage : Quand dire, c'est faire où il développe l’idée selon laquelle l’acte de parole est équivalent à un comportement. De son côté, J.R. Searle a publié en 1969 le livre : Les actes de langage.
J.L. Austin, représentant de la "philosophie analytique", appartient à l'École d'Oxford. Il a orienté ses recherches vers l'examen des règles du "langage ordinaire". Il a ainsi mis en lumière des énoncés qui non seulement décrivent ou constatent mais possèdent un pouvoir spécifique auquel il donna le nom de "performatif". Austin constate : "Avec certains mots une action est aussi accomplie, par exemple avec le "oui" du mariage."

Parler une langue, c'est agir conformément
à des règles préétablies.

Les deux philosophes proposent des théories très proches dont la base peut se résumer à parler une langue, c'est agir conformément à des règles préétablies. En effet, pour être efficaces, les "actes de langage" doivent s'inscrire dans le cadre de conventions sociales déterminées. Selon Austin, "Les ordres d'un subordonné sont, par exemple, sans effet".
Les termes "performatifs" mettent en évidence les liens qui unissent la langue et la culture. Le caractère obligatoire de l'énoncé "Je te promets" engage celui qui le prononce dans la mesure où il vit dans une société ayant fixé certaines règles et ayant attaché un sens et une valeur aux actes. "La convention sociale qui attache l'obligation à l'acte de promettre est inséparable de cet acte". (O. Ducrot, De Saussure à la philosophie du langage).

Selon les cas et les personnes concernées, le même énoncé "Je viendrai demain" peut être interprété comme une promesse ou comme une menace. Dans le premier cas l'interlocuteur attendra plein d'espoir dans le second cas il se préparera à un affrontement ou prendra la fuite.
Avertir, féliciter, menacer, promettre, remercier, ordonner, permettre, faire ses excuses, sont des termes performatifs.



Sources
Le Langage - Chantal Demonque - Profil Hatier
Histoire illustrée de la philosophie - Bryan Magee - Le Pré aux clercs



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jeudi, 10 mars 2011

La mode de l'euphémisme

Du grec euphemismos, eu (bien) et phêmê (parole), un euphémisme est une figure de rhétorique qui consiste à atténuer une expression trop directe ou une idée désagréable.

Ainsi de quelqu'un de mort, on dira qu'il a disparu. Moins précis certes, mais moins douloureux aussi… question de bienséance. Contrairement au dicton populaire, on ne peut donc pas toujours "appeler un chat un chat"
.


Dans nos sociétés technocratiques, adeptes du jargon médiatico-administratif, et ces dernières années du "politiquement correct", la figure de l'euphémisme prospère généreusement au fil des déclarations gouvernementales et des communiqués institutionnels.
On se souviendra du symptomatique et progressiste technicien de surface remplaçant le trivial balayeur.
Ainsi vaut-il mieux être demandeur d'emploi plutôt que chômeur, appartenir au troisième âge plutôt qu'être vieux et être malentendant plutôt que sourd.
Sur la base de cette logique, Coluche proposait que les imbéciles puissent être traités, avec affabilité, de malcomprenants !
Depuis peu d'ailleurs, les demandeurs d'emploi sont devenus des "ressources humaines disponibles" dixit J.L. Borloo.


Quelques euphémismes poussent le vice jusqu'à devenir des sigles anodins :
Faire une IVG (Interruption Volontaire de Grossesse est bien moins choquant que de procéder à un «brutal» avortement.
Être SDF (Sans Domicile Fixe), banalise une cruelle réalité, celle d'être contraint de vivre dans la rue.
L'euphémisme est réquisitionné d'office par l'armée (la Grande Muette) et apprécié en temps de guerre pour ses vertus anesthésiantes.
Les récents affrontements au Moyen-Orient nous ont apporté les «frappes chirurgicales» pour bombardements plus ou moins ciblés, les «dégâts collatéraux» pour morts de civils innocents, les «balles perdues» pour erreur de tir et les «tirs amis» pour grosses boulettes !

L'utilisation abusive d'euphémismes permet de ne pas contrarier les «bien-pensants» et d'éviter vagues et remous.
Les situations anormales, choquantes ou plus simplement inquiétantes peuvent être ainsi plus facilement admises par la société.
Rappelons que depuis l'Antiquité, les figures de style ne sont pas innocentes mais au service de la rhétorique (art de persuader). Il convient de rester vigilant et de chercher à comprendre la manipulation : à qui profite le nouvel euphémisme ?

Conclusion dans la bonne humeur.
Le monde de l'éducation est lui aussi consommateur d'euphémismes, en particulier dans les appréciations portées sur les bulletins par les enseignants soucieux de ménager élèves et parents. Le site planete-enseignant.com propose quelques formules atténuées. Morceaux choisis :

Un cancre : Un élève en difficulté.

Il dort en classe : Il connaît un léger décalage horaire et son horloge biologique semble réglée sur l'heure estivale de l'hémisphère sud.

Il est nul : Les objectifs pédagogiques sont inadaptés à ses potentialités, mais sa marge de progression n'en demeure pas moins substantielle.

Il est bête : Ses connexions cervicales ne sont pas encore toutes assurées, mais le processus de réflexion devrait connaître un déblocage imminent.

Il ne sait rien : L'imprégnation cognitive résiduelle n'est pas encore quantifiable, mais on constate des progrès méthodologiques dans l'ouverture du cartable.

Il fait des bêtises : Son manque de maturité implique des comportements déviants peu propices à maintenir son attention et son sérieux.


Sources
http://www.planete-enseignant.com/humour/blagues/consult-blague.asp


Jean-Pierre Dubois

 

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