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dimanche, 20 décembre 2020

Le totalitarisme industriel

Le totalitarisme industriel - Bernard Charbonneau 

L'Échappée 2019 - Recueil d'articles de 1973 à 1996

Bernard Charbonneau (1910-1996) est un penseur majeur de l'écologie politique.
Tout au long de son œuvre guidé par la liberté, cet écrivain à l'ironie mordante a analysé les mutations radicales des sociétés provoquées par le développement technoscientifique, et les menaces que celui-ci fait peser sur l'homme et sur la terre.

Le « Progrès » ? Bernard Charbonneau le représente sous la forme d’un bulldozer qui transforme les paysages en terrains vagues et nivelle tout sur son passage.
Au cours du XXe siècle, la croissance a entraîné l’exode rural, l’annihilation des sociétés traditionnelles, le triomphe de l’agrochimie.
Le marché quadrille désormais la planète alors que l’accélération des transports et l’essor des télécommunications compriment les distances.
Cette civilisation des machines est aussi celle de la dépersonnalisation : la banlieue s’étend, les modes de vie s’uniformisent, la culture de masse formate les esprits.
L’État enfle, l’organisation se fait de plus en plus contraignante, les consommateurs passifs sont pris en charge jusque dans leurs loisirs.
Et chacun est sommé de s’adapter au changement incessant.

 

Le totalitarisme industriel - Bernard Charbonneau

 

Un second big bang s’annonce, dont l’Homo sapiens est l’explosif.
Il dépend de nous qu’il soit celui d’un anéantissement si nous laissons le développement humain aller son cours, ou celui d’une seconde Création, si nous en choisissons la libre maîtrise.
(page 31 - 1995)

Cependant, jour après jour, plus d’hommes, plus de machines, plus de science, plus de loisir.
De plus en plus gros, de plus en plus petit, de plus en plus énorme, de moins en moins visible.
Plus vite, plus fiable. En tout cas « plus », jamais moins pour mieux.
(page 34 - 1989)

Tant qu’on ne mettra pas en cause le principe du système scientifique, technique et industriel, on luttera en vain contre ses effets. 
(page 35 - 1989)

Toute entreprise naturelle ou humaine engendre ses résidus, mais ils sont d’autant plus considérables que le mouvement est rapide.
Quand la vitesse s’accélère, le frottement, le gaspillage augmente ; et plus on prétend aller vite plus il faut dépenser d’énergie pour un bénéfice de plus en plus petit. … Une société basée sur l’échange et les transports planétaires accélérés est condamnée à gaspiller pour rien l’espace-temps terrestre.
(P.51 - 1977)

Le problème de l’avenir que nous prépare la science, hier entrevu seulement par quelques isolés comme Aldous Huxley, nous est aujourd’hui posé par l’accélération brutale des sciences et des techniques de la vie.
La manipulation des embryons, demain sans doute celle des gènes, met fin à une reproduction naturelle inséparable de notre identité : des mots fondamentaux pour l’individu comme pour la société, tels que père, mère, fille ou fils, perdront tout sens.
Les enfants de l’amour et du hasard deviendront ceux de la raison et du laboratoire. Les rêves les plus fous du désir individuel ou de la raison d’État deviendront réalisables.
L’eugénisme, la sélection d’un peuple débarrassé de tout germe de maladie ou de folie, s’opérera à la racine dans le silence, fécond parce que stérile, d’un institut scientifique.
(page 90 - 1989)

… nous nous réveillons dans un monde qui n’a plus pour principe qu’un développement purement matériel privé de sens.
En fait de lois, il ne nous reste plus que celles de l’économie.
L’avenir ? - Le changement. - Lequel ? N’importe quoi, n’importe comment, n’importe où, de plus en plus vite.

(page 110 - 1995)

 

 

Publié dans Critique sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écologie, progrès, technoscience, critique sociale, charbonneau |  Facebook | | | | Pin it! | | Dubois Jean-Pierre |