Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 10 mai 2013

Etymologie : le palimpseste

Le palimpseste

 

étymologie,palimpseste,villeglé,rauschenberg,zoladz

Jacques Villeglé - 122 rue du Temple - 14 avril 1965
 
 
 

étymologie,palimpseste,villeglé,rauschenberg,zoladz

Jacques Villeglé - 1965

 

 

palimpseste2.jpg

Dominique Zoladz Voir la galerie photos

 


Le palimpseste désigne un manuscrit sur parchemin dont on a fait disparaître l'ancienne écriture, pour écrire de nouveau.

 
Le terme qui date du XVIe siècle provient du latin palimpsestus lui-même issu du grec palimpsêsto, "gratté de nouveau".
Palin : "à nouveau" et Psân :"s'en aller en poussière, racler". Les moines copistes médiévaux ont abondamment utilisé cette méthode.
Le parchemin étant coûteux, ils "recyclaient" d'anciens manuscrits pour y copier de nouveaux textes. La technique consistait à effacer l'ancien parchemin en le frottant avec une pierre ponce.
Ce faisant, ils détruisirent de nombreux écrits et témoignages antiques.

Dans son livre Les nourritures affectives, Boris Cyrulnik utilise l'image du palimpseste pour rendre compte du fonctionnement de notre mémoire.
En effet, dans notre cerveau, des souvenirs recouvrent d'autres souvenirs et notre histoire ressemble finalement à des strates de mémoires enfouies et endormies. Un événement ou une émotion peut faire resurgir à la surface de notre conscience un souvenir ancien et oublié.

Pour illustrer ce fait, Boris Cyrulnik cite ce passage extrait d'Un mangeur d’opium de Charles Baudelaire (p 451-453).
"Qu’est-ce que le cerveau humain sinon un palimpseste universel et naturel ? ... Oui, lecteur, innombrables sont les poèmes de joie ou de chagrin qui se sont gravés successivement sur le palimpseste de votre cerveau, et comme les feuilles des forêts vierges, comme les neiges indissolubles de l’Himalaya, comme la lumière qui tombe sur la lumière, leurs couches incessantes se sont accumulées et se sont, chacune à son tour, recouvertes d’oubli. Mais à l’heure de la mort, ou bien dans la fièvre, ou par les recherches de l’opium, tous ces poèmes vont reprendre de la vie et de la force. Ils ne sont pas morts, ils dorment... Les profondes tragédies de l’enfance... vivent toujours cachées, sous les autres légendes des palimpsestes. La passion et la maladie n’ont pas de chimie assez puissante pour brûler ces immortelles empreintes."

Jean-Pierre Dubois

 

palimpseste1.jpg

Dominique Zoladz Voir la galerie photos

 

 

étymologie,palimpseste,villeglé,zoladz

Robert Rauschenberg - Erased de Kooning - 1953 - Wiki

 

Publié dans Etymologie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : palimpseste, villeglé, rauschenberg, zoladz |  Facebook | | | | Pin it! | | Dubois Jean-Pierre |

vendredi, 19 novembre 2010

La troublante poésie de Bomarzo

La troublante poésie de Bomarzo
 
 
medium_gd_la_gueule_du_demon.jpg


«Vous qui allez par le monde désireux de voir hautes et stupéfiantes merveilles venez ici où sont faces horribles éléphants lions ours orques et dragons».

La série de photos consacrée au jardin de Bomarzo, de Dominique Zoladz, témoigne d'une double rencontre.
La première, formelle et magique, entre l’Antiquité étrusque et la Renaissance, à travers ces divinités, chimères et dragons, sculptés au XVIe siècle. La seconde, esthétique, par le choc émotionnel émanant d’un lieu magique sur la sensibilité et l'imagination d'un artiste plasticien.
Car le parcours statuaire du bosco sacro, orchestré par le seigneur Orsini, est un stupéfiant lexique mythologique et symbolique. Une merveille, dans le sens premier du mot : une miribilia, une chose étonnante et admirable, parfaitement captée dans cette série d'images.

medium_gd_la_maison_qui_penche_2.jpg


La démarche artistique de Dominique Zoladz est particulièrement sensible, révélatrice de sens.
En vérité, le créateur ne cherche pas à nous re-présenter la réalité, la perception naturelle du lieu et des objets, «l’impression», mais plutôt le phénomène mental secondaire, son «souvenir».
Ainsi, nous errons dans le labyrinthe des réminiscences de l’artiste. En nous, d’obscures forces agissent et stimulent nos émotions. Au fil de nos visions, notre esprit effectue un travail secret et suggestif. Avec une économie de moyens maîtrisée, Dominique Zoladz illustre à la lettre les propos de Kandinsky : «En général, la couleur est un moyen d’influencer l’âme de manière directe.»

medium_gd_la_nourrice_2.jpg

Les conventions, notre culture, nous ont conditionné à regarder l'objet photographique comme une représentation de la réalité : image réelle, évidente, univoque, fait irrécusable.
Or, face à ces «pictographies», nous sommes mystifiés !
Notre œil est trompé. «Combien d’hommes profondément distraits pénétrèrent dans des trompe-l’œil et ne sont pas revenus.» (Jean Cocteau)
En choisissant une technique de colorisation éminemment subjective, le créateur a opté pour une idéalisation,une théâtralité. Il joue de l’équivoque du noir et blanc de la photo et des encres colorées pour créer chez l’observateur une sensation curieuse, un hiatus de la perception, des aller-retours “réalité-illusion”, débouchant sur un phénomène de “relief” et de “profondeur”.
À l’objectivité de l’appareil photo, le plasticien a juxtaposé par la colorisation son affectivité et son doute.

Nous sommes, me semble-t-il, en présence d’une approche esthétique baroque, hautement ambiguë, du latin ambigere, “être en discussion avec soi-même”.

Jean-Pierre Dubois



Voir la galerie
http://zoladz.hautetfort.com/archive/2009/04/08/bomarzo-i...

medium_gd_le_dragon_1.3.jpg



Publié dans Photographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bomarzo, zoladz |  Facebook | | | | Pin it! | | Dubois Jean-Pierre |